Les jeux de construction et d’automatisation se suivent, et ils se ressemblent quand même un peu. Un petit jeu indépendant développé par une seule personne a cependant attisé ma curiosité : Astro Colony. Sorti d’accès anticipé le mois dernier, ce jeu loin d’être terminé entre dans une nouvelle phase de son existence, très prometteuse, mais il se révèle d’ores et déjà bien complet et vaut selon moi le détour.
Dans l’espace, personne ne vous entendra construire
Un trou noir vient d’engloutir votre station spatiale et vous vous réveillez seul, sur une étroite plateforme jonchée de débris. Réalisme mis de côté, votre objectif est tout tracé : reconstituer de zéro une station autonome et partir à la recherche de vos proches dans les vastes confins de l’univers.
Astro Colony reprend la recette classique du jeu de construction et d’automatisation (ici à la première personne) à laquelle il ajoute sa petite touche. Naviguant avec votre jetpack dans cet espace sans fin et sans gravité, vous devez extraire manuellement les ressources des astéroïdes en transit, pour doucement mais sûrement construire une impressionnante station. Cette évolution s’accompagne d’une progression dans l’arbre technologique, qui débloque de nouveaux moyens et de nouveaux défis logistiques. Équipé de votre outil rudimentaire qui ne demande qu’à être amélioré, l’exploitation manuelle du début de partie se révèle laborieuse. On s’agite d’astéroïde en astéroïde pour grapiller des miettes et l’on a plus que jamais la désagréable sensation de travailler. Autant vous dire que les tapis roulants, les attrapeurs d’astéroïdes automatiques et les autres joyeusetés prévues pour nous permettre une vie de bureaucrate spatial se font franchement désirer ! Fort heureusement, cette première partie ne traîne pas en longueur. En revanche, le siège du bureaucrate attendra car l’ampleur de la tâche est à la hauteur de l’environnement qui nous entoure : gigantesque. Et il faut aborder Astro Colony comme un jeu de construction à fort degré de microgestion, sauf si vous êtes un réel expert dans le domaine.


Planètes à l’horizon !
Le coeur de Astro Colony réside dans l’exploitation de planétoïdes. Ces îlots de taille variable sont générés aléatoirement et possèdent chacun leur propre biome et leurs propres gisements tarissables. Le concept, c’est d’arrimer les îlots qui vous intéressent à votre base pour les intégrer à cette dernière, de les explorer, d’en extraire leur contenu et de naviguer dans le vide intersidéral avec une création “naturo-industrielle” de toute beauté. Il y a un côté grisant à piloter manuellement cette méga structure dans l’espace et à manœuvrer avec douceur près des îlots tel un marin près des côtes, pour y installer le dispositif d’arrimage.
Astro Colony fait en outre usage du voxel. Ses environnements sont 100% destructibles et re-modelables. Vous pouvez creuser la terre, former des tunnels, aplanir le terrain et ériger des montagnes à votre guise. Vous pouvez de ce fait détruire entièrement les planétoïdes qui ne vous intéressent plus, ou les transformer en un esthétique havre de paix. Cette liberté créatrice amusante fait surtout sens dans un tel jeu, ne serait-ce que pour récupérer les ressources convoitées (en quantité limitée donc), ou pour optimiser les itinéraires des tapis roulants et autres tuyaux arpentant votre terrain de jeu. J’adore, par exemple, enfouir les câbles électriques dans le sol ou sous le plancher. Vous pouvez enfin civiliser la zone avec pléthore de blocs, dalles et murs pour concevoir le meilleur lieu de vie possible pour vos colons. Et oui, vous pensiez être tranquilles ?



Astro Colony de vacances
Seul au départ, il vous faudra en effet fonder une colonie composée de différents robots (mineurs, nettoyeurs, transporteurs, fermiers…) pour déléguer les tâches ingrates et d’habitants humains pour les charger de missions plus complexes (scanner l’univers, défendre la station des météorites et cuisiner de bons repas avec les moyens du bord). Les humains auront toutefois pour but principal de travailler dans la recherche. Scindée en plusieurs catégories (spatial, biologie…) la recherche convertit des ressources en points permettant de débloquer de nouvelles technologies. Astro Colony revêt de ce fait des airs de simulateur de colonie, d’autant plus qu’il faudra subvenir aux besoins de votre population afin qu’elle survive puis qu’elle augmente en productivité. L’Oxygène, la nourriture et le sommeil sont des besoins vitaux. Le confort de vie, plus large, touche à la décoration comme à la propreté des lieux et agit en bonus de production. Cet aspect du jeu se montre limité en options stratégiques mais fonctionne bien et, rassurez-vous, votre population n’est pas bien embêtante. On agrandit simplement la communauté au compte-goutte par peur de manquer de quelque chose et l’on se prend en parallèle vite au jeu de construire un lieu de vie sympathique (là, les options ne manquent pas). Enfin, vu le confort spartiate de ma station, je préfère me taire…



Des mécaniques tout azimut
En sus des éléments déjà cités, Astro Colony surprend par la quantité de mécaniques existantes. Côté logistique, une dizaine de modules de filtrage permet d’optimiser avec précision l’itinéraire et la production de vos ressources. Certains bloquent, filtrent ou poussent les marchandises choisies, quand d’autres permettent de programmer avec plus de précision votre chaîne de production (minuteurs, vannes…). Malgré la présence de robots, les tapis, tuyaux et ascenseurs restent légion, et ils se positionnent avec facilité grâce à une ergonomie semi-automatique très bien fichue. De façon générale, l’interface est impeccable, que ce soit pour régler les machines (requête de ressources aux robots transporteurs, limites de stock, recettes en cours) comme pour poser des murs ou des dalles avec peu de repères. Chers logisticiens, vous avez là un candidat propice pour vous retourner gentiment le cerveau. Sans atteindre la complexité des titres phares, Astro Colony offre son pesant de problèmes et j’ai passé de grands moments de solitude, à me gratter sévèrement la tête pour me débarrasser de pénibles goulots d’étranglements bien handicapants. Le rêve, quoi.
Le joueur se voit également proposer différentes options pour le minage manuel et le déplacement. Astro Colony poussant le vice jusqu’à permettre de construire des rovers et des avions personnalisables (La foreuse sur le rover est dévastatrice). Bon, ce pan du jeu ne fonctionne pas très bien à ce jour et vous risquez d’envoyer votre bolide imprécis dans le vide au moindre coup de volant… Rien de grave cependant, les véhicules présentent un intérêt limité quand on possède un jetpack avec booster, grappin et bottes de gravité aussi amusants qu’efficaces pour affronter avec un rictus n’importe quelle distance et n’importe quel obstacle.



Niveau ressources, le jeu est à la fois généreux et coquin. Généreux car il part assez loin dans le délire, avec notamment un volet d’agriculture, de sylviculture et d’élevage. À la condition d’avoir découvert la vie, pour pouvoir la reproduire. Et c’est là que le jeu est coquin. Astro Colony ne fonctionne pas comme un bac à sable traditionnel mais comme une campagne divisée en quatre univers. Le premier univers ne possède pas toutes les technologies et ressources du jeu. Il faut progresser jusqu’à la fin de l’arbre technologique pour détecter un trou noir et y construire autour une porte des étoiles. Une fois la porte des étoiles franchie vous continuez la partie dans un nouvel univers, plus sombre, plus difficile et qui apporte une poignée de nouvelles ressources, de technologies et de menaces plus dangereuses. Ce moment est absolument fantastique, mais dit autrement, la fin convoitée n’en était pas une et vous voilà lancé dans une course aux points de recherche à plus grande échelle, qui nécessitera un ajustement conséquent de votre part sous peine de trouver le temps long. Puis au bout du quatrième univers, fin de la partie.
Mouif. Ce choix de conception risque de rebuter les moins aguerris, qui verront une excuse pour abandonner au deuxième univers sans avoir pu tout expérimenter. Je ne suis pas certain d’arriver au bout du quatrième non plus puisqu’à part quelques détails, on fait grosso modo la même chose. On découvre la majorité des technologies en 15h de jeu puis on passe des dizaines et des dizaines d’heures (comptez 60h pour une partie complète) sans changement majeur autre que la nécessité d’augmenter la cadence. Ce rythme n’est selon moi pas idéal et trop propice à la redondance. Il conviendra seulement aux industriels les plus convaincus, prêts à faire face à une répétitivité colossale sans grosse carotte pour les motiver. Ou aux amateurs de construction qui passeront leur temps à faire une station cosy, voire à concevoir un réseau de colonies dans le multivers. Ceci étant dit, Astro Colony me laisse quand même une très bonne impression, tant au plaisir de se mouvoir et de construire sa station grandissante, qu’en termes de réflexion pour optimiser sa production et sa logistique. Mais le grind est réel.


Dans l’espace, personne ne vous entendra râler
J’ai comme à mon habitude quelques reproches à faire. À la façon de Timberborn, le jeu fonctionne en districts. Il faut assigner à chaque zone secondaire (nouvelle station, planétoïde) ses propres ouvriers, qui resteront cantonnés à leur endroit jusqu’à nouvel ordre. L’organisation y est facilitée mais ce principe reste frustrant quand un robot se retrouve incapable d’atteindre un dépôt situé à quelques mètres sous prétexte qu’il s’agit d’une autre zone. Le pire étant les Rovers, qui partent en tonneaux lorsqu’ils franchissent la frontière invisible, même si la route est plate et bien tracée. Leur intérêt se limite d’autant plus…
Astro Colony est surtout truffé de petits détails pas méchants mais potentiellement agaçants. Par exemple, les bâtiments déjà construits ne peuvent pas être déplacés, ni verrouillés. En revanche, vous pouvez les faire pivoter d’une touche, par défaut située à côté de celle d’interaction… Une erreur de manipulation et votre chaîne de production s’arrête sans vous prévenir car votre fonderie ou votre morceau de tapis pointera dans la mauvaise direction. La vigilance est de rigueur, d’autant plus que le jeu n’interdit pas d’assigner la même touche sur plusieurs actions… Je n’ai pas non plus compris comment fonctionne le système de plan, pratique sur le papier pour concevoir de grosses chaînes mais qui trouve toujours quelque chose pour ne pas fonctionner comme prévu.
Défaut ou non selon vos appétences, les menaces de début et milieu de campagne sont bénignes. Les astéroïdes se fracassent sur votre station sans générer de dommages et le jeu n’intègre pas de combat mais seulement des événements, comme une tempête solaire qui désactive temporairement les structures électriques, la poussière qui couvre les panneaux solaires (à nettoyer) et les pluies de météorites qui doivent frapper avec insistance pour éventuellement endommager quelque chose. Il existe des moyens pour s’en prémunir, mais leur intérêt apparaîtra surtout dans les derniers univers. Personnellement c’est ce que je préfère, mais certains regretteront l’absence d’un vrai danger.
Enfin, le tutoriel laisse à désirer et il faut vous attendre à quelques frictions en début de partie, faute de comprendre quoi faire ou comment le faire. Pour finir, je joue exclusivement solo et n’ai donc pas testé le mode multijoueurs, mais d’après les retours il varie entre l’instable et le fonctionnel. Bref, on sent le jeu développé en solitaire, excellent et débordant d’idées mais pas totalement au point sur les détails. Après, pour moins de 20€, ça reste quand même du beau travail.


Astro Colony : Un diamant encore un peu brut
Encore perfectible, Astro Colony laisse entrevoir un certain potentiel tout en restant un jeu de construction et d’automatisation robuste. Si je ne le considère pas comme une référence à ce jour, notamment en raison de sa structure et de son manque de finition, il possède ce petit quelque chose de plus amusant et de plus vivant que la concurrence sans délaisser son côté cérébral. Moins tentaculaire que les ténors du genre et doté d’une boucle qui peine un peu à se renouveler, le jeu saura tout de même (et sans peine) trouver son public. En revanche, je lui souhaite de se délester de son côté artisanal encore un peu trop présent, de gommer ses défauts mineurs et d’ajuster sa formule pour la rendre plus engageante sur la durée. À ce moment là, qui sait, il pourra peut-être atteindre les étoiles.
Le Positif
- Un voyage spatial généreux en sensations
- Une liberté créatrice remarquable
- Un jeu de construction accessible mais cérébral
Le moins bien
- Les experts resteront sur leur faim en termes de défis
- Une progression irrégulière et redondante qui tend vers l’artificiel
- Des petits détails agaçants viennent entacher l’expérience
Page steam | Tarif : 19.50€ | En quête de jeux de gestion ? Je vous invite à lire ma liste des meilleurs jeux du genre selon moi.




