Transport fever 3 est si bon que mon médecin a mis peu de temps à poser un diagnostic. À ne pas confondre avec la cinétose (ou mal des transports), la pathologie se caractérise par un manque de sommeil, des yeux rouges, des courbatures aux lombaires et une folle envie d’aller au travail en marchant sur la voie ferrée. Provoquée par une surexposition aux jeux de gestion de Urban Games, cette condition incurable et hautement addictive frappe une nouvelle fois le monde sous le regard impuissant de la concurrence. Oui, il est si bien que ça, Transport Fever 3. Et il risque de chambouler votre planning pour les prochaines semaines.

Il est fret mon wagon !
À l’instar des deux premiers épisodes, Transport Fever 3 vous place dans la peau d’un magnat du transport voué à inonder sa région de rails, de routes et de traînées dans le ciel pour la développer. Dans ce jeu de gestion qui couvre une période de 1900 à nos jours, les villes grandissent seules, de façon automatique, si vous répondez convenablement aux besoins logistiques grandissants de la population. Illustrons le concept. Un village de début de partie demandera 2 ressources aléatoires, comme le poisson et des planches de bois. Idéalement 80 poissons par an et 120 planches. Situés plus loin, et répartis aléatoirement, une pêcherie et un camp de bûcherons produisent automatiquement du poisson et des rondins. Votre but : installer les infrastructures et tracer les itinéraires pour acheminer le produit vers la ville, en le transformant si nécessaire (le bois passe d’abord en scierie pour devenir planche). Tout en prenant soin bien sûr de respecter les délais de livraison, d’entretenir les véhicules et ne pas incommoder le chaland avec la pollution et le bruit de nos moyens de locomotion. Votre but ultime : la rentabilité. Si des paiements vous reviennent après chaque livraison, les charges tournent en permanence et peuvent engendrer de sérieux déséquilibres dans votre trésorerie. Assurez-vous donc d’avoir un flux régulier de cash qui tombe ! Bref, vous avez du pain sur la planche et lorsque la première ville commence à tenir la route, il faudra déployer votre talent à l’échelle de la région pour tisser la toile de votre empire.


Pas d’attente sur le quai… dans l’idéal.
En parallèle du fret, votre entreprise gère également le réseau de transports publics de la région et, plus large, la gestion du trafic routier. Aidez les habitants à effectuer leurs trajets du quotidien avec des lignes de bus et de tramway sur mesure, puis faites les voyager en bateau, en train ou en avion. Construisez leur des routes, des voies de transport en commun et placez y les signalisations adéquates. L’intérêt, outre le gain d’argent, c’est de désengorger les rues et de limiter les bouchons. Vecteurs d’insatisfaction, ces derniers entravent vos lignes d’affrètement et donc vos délais de livraison.
J’adore cet aspect du jeu, basique à première vue mais qui génère de gros effets en cascade, avec des queues interminables aux arrêts de bus ou des embouteillages imprévus. L’insatisfaction gronde de plus belle et vous voilà avec de nouvelles problématiques à tacler. S’engager dans le transport de personnes et la circulation, c’est en quelque sorte ouvrir la boîte de Pandore du jeu… Nouveauté appréciable, Transport Fever 3 ajoute une fenêtre de gestion des croisements, utile pour affiner leur fonctionnement individuel et fluidifier la circulation. J’émets quand même quelques réserves sur l’intelligence de nos sims, qui s’entêtent un peu trop à s’engouffrer dans des bouchons interminables alors que je leur ai construit des voies alternatives pour leur faire gagner du temps. Ils semblent avoir un délai de réaction important et ne pas prendre en compte un changement survenu après leur départ. Heureusement que l’on peut manuellement définir l’itinéraire de nos véhicules de livraison et leur faire ainsi éviter ces axes du mal.



Transport Fever 3 : une complexité accrue aux normes PMR (prise en main rapide)
Si le cœur du jeu tourne toujours autour de la création de dépôts, de véhicules et de voies de passage à optimiser, il intègre dorénavant les problématiques de stockage inhérents au fonctionnement en flux poussé. Les entrepôts jusque-là absents rejoignent la série et offrent un degré de contrôle supplémentaire de votre chaîne. Ces derniers sont modulaires, à savoir que vous pouvez les associer ou créer des emplacements annexes de différents types, de toutes tailles et de la forme souhaitée. Adaptez les à votre besoin, de la réserve de quartier au gigantesque centre logistique absorbant tout le transit de votre réseau. Cette nouveauté s’accompagne de la possibilité d’affiner l’attribution des cargaisons et de créer des nœuds logistiques fort pratiques pour optimiser encore et toujours plus vos lignes (par exemple en limitant les trajets à vide). La partie fret s’étoffe enfin en largeur comme en profondeur, avec environ deux fois plus d’industries que sur Transport Fever 2 et la possibilité d’importer des boosters de production comme des engrais ou des travailleurs supplémentaires. Si la base existante et solide de la série persiste, le jeu la complexifie avec douceur via l’apport de nouveaux leviers et d’un plus large catalogue de ressources et de moyens.
Côté simulation, le jeu gère plus en détail les malus comme la pollution, le bruit et le confort. Votre capacité à les atténuer (via la construction de murs anti-bruit, le plantage d’arbres, l’utilisation de voitures électriques…) ou à contourner les quartiers sensibles améliorera votre réputation. Une bonne réputation accélère la croissance de la ville et à l’inverse, une mauvaise peut paralyser son développement. Cette nouvelle métrique sert également à débloquer des bâtiments spéciaux comme les monuments, ou à lancer des opérations de marketing ou de prospection de ressources. Oui, il est dorénavant possible de combattre l’aléa du placement des usines en prospectant pour, peut-être, en faire apparaître une que l’on désire dans un lieu plus propice. Attention donc à chouchouter le peuple et évitez si possible de raser leur domicile pour y construire routes et bâtiments additionnels. Sans surprise, ils n’apprécient pas trop…
Le jeu gagne donc en richesse sur la partie gestion mais il se révèle malgré tout d’une accessibilité remarquable. Si j’ai pesté sur le manque de clarté par moments (le jeu indique par exemple un problème de connexion de lignes sans vous aiguiller sur les raisons possibles), l’interface, pourtant pensée pour la souris et la manette à la fois, reste pratique et intuitive. Et aucun risque de vous perdre, elle ne s’aventure jamais au-delà d’un ou deux clics de profondeur ! Le jeu opte pour une philosophie que je chéris tant : complexe, mais pas compliqué. Il offre des problématiques cérébrales sans alourdir l’expérience avec des contraintes réalistes mais pas forcément amusantes (ici un train peut faire un 180° magique au terminal et une cargaison est automatiquement livrée à proximité une fois le véhicule dans la zone de fret…). Cet équilibre quasi parfait rend le jeu idéal pour de longues sessions relaxantes malgré son exigence. Il stimule sans épuiser.



Une aventure sur les rails et un mode libre pour prendre son envol
Transport Fever 3 se compose d’une campagne de 8 missions indépendantes visant à vous familiariser avec les mécaniques du jeu, puis d’un mode libre que l’on peut considérer comme le noyau dur de l’expérience.
Pour moi qui habituellement n’adhère pas aux campagnes, j’ai trouvé celle-ci sympathique de par l’originalité des situations. Organisation d’un festival, course à l’extraction de pétrole, développement économique des Philippines… Elles ne sont pas toutes égales sur le plan qualitatif et restent parfois un peu trop sur les rails, mais elles possèdent un réel côté dépaysant. Je ne comprends en revanche pas pourquoi les développeurs s’entêtent à vouloir nous pondre des dialogues kitsch et dignes d’une telenovela…
Après 20 heures d’aventure scriptée optionnelle, vous placerez votre QG en mode libre. C’est ici que prennent place les nouveautés comme la réputation et qu’apparaissent les véritables problématiques logistiques. C’est ici que vos villes évolueront sur des dizaines de niveaux et que les différents sous-systèmes du jeu s’imbriqueront. Bref, c’est ici que ça se passe et que vous hibernerez quelques temps. Un quatrième biome, subarctique, rejoint les trois existants et à titre personnel je le trouve superbe. Je salue enfin l’initiative de Urban Games, qui a mandaté des moddeurs pour proposer dès la sortie du jeu une ribambelle de mods. Je n’en ai testé aucun pour l’instant, mais le catalogue est déjà bien fourni et celui qui indique les départs de chaque trajet me fait de l’oeil !



Pas d’option première classe pour ce Transport Fever
Mon côté chipoteur ressort et selon moi, Transport Fever 3 gagnerait à communiquer davantage d’informations. Il indique par exemple que l’entretien des bâtiments ferroviaires coûte 3 millions par mois, mais un menu déroulant avec la liste des bâtiments et leurs charges individuelles serait fort pratique. Je regrette aussi l’impossibilité de connaître le temps que prend une livraison (alors que le délai est vecteur d’insatisfaction) ou d’avoir une fourchette estimative des revenus d’une ligne. Et côté trafic, les problématiques de mécontentement manquent parfois de clarté. M’enfin, c’est du détail, Urban Games a quand même bien fignolé la partie gestion du jeu…
… Au détriment selon moi de la partie technique. Sur le plan visuel le jeu est inégal et alterne entre chouettes panoramas et scènes plus datées (les effets de lumière font l’essentiel du boulot). Je vous rassure, suivre un véhicule en caméra rapprochée reste un plaisir particulièrement grisant ! Côté musiques l’ensemble fait très générique, pas désagréable mais complètement dispensable. Rien de méchant sur le principe puisque la partie gameplay est excellente. Le jeu souffre cependant de soucis de performances une fois la partie bien entamée (la simulation est gourmande). Avec mon PC portable de gamme moyenne (Ryzen 5 7535HS et RTX 4060 8Go), le jeu vire progressivement vers les 40 FPS tous réglages à fond et un peu moins si je perds mon temps à déambuler au sol. Pas optimal ni handicapant en ce qui me concerne, mais le sujet mérite une mention.


Verdict | Transport Fever 3 : un rail de plus pour une euphorie grandissante
Avec plus de 30 heures de jeu en moins d’une semaine, dire que le jeu m’a happé est un euphémisme. Urban Games me doit quelques heures de sommeil mais aucun regret, Transport Fever 3 est une drogue dure pour tout amateur de logistique. Complexe mais accessible, le jeu se révèle passionnant et sans cesse engageant. De base riche en contenu, il propose avant même sa sortie un catalogue de mods, dont le meilleur reste à venir. Le cahier des charges pour en faire le meilleur jeu de gestion de l’année a bien été respecté. On regrettera quelques manques de clarté, choix de conception douteux et soucis de performances, mais à ce niveau de réussite j’en fais volontiers abstraction.
Le positif
- Transport Fever 3 est complexe sans être compliqué.
- Un empire très satisfaisant à construire et à observer.
- Un casse-tête d’enfer sans fin qui reste incroyablement relaxant.
Le moins bien
- Des graphismes inégaux, composés de beaux paysages et de bâtiments plus artificiels.
- Quelques soucis de performances en milieu et fin de partie.
- Les informations manquent parfois de clarté ou de précision.
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