Aussi fabuleux soit-il, le genre 4X requiert de façon générale un fort investissement de la part du joueur, qui signe un contrat de plusieurs dizaines d’heures au début de chaque partie. De ce fait, on peut ressentir une certaine flemme à l’idée de se lancer malgré l’envie de construire sa civilisation. Les amateurs de jeux de société peuvent bien se tourner vers les alternatives sur table, qui procurent en une fraction du temps d’une partie sur PC une expérience proche. Mais la motivation se heurte cette fois à une problématique d’apprentissage des règles, de mise en place et… de place tout court en cas de partie non terminée.
À l’instar de certains titres comme Ozymandias ou Battle of Polytopia, Astro Protocol entend se frayer une place dans un genre rêvé mais pas totalement convaincant jusque-là : le 4X rapide. Pour ce faire, il s’inspire des jeux de société, dont le vénérable Projet Gaia (qui n’est pas un 4x), pour proposer sur PC une expérience 4X solo épurée et expéditive mais non dénuée de profondeur.

Un véritable 4X spatial
Aux commandes de l’une des six factions asymétriques cohabitant dans une galaxie générée aléatoirement, vous devez explorer cette dernière et vous étendre afin de réussir les objectifs de votre choix parmi une sélection. Astro Protocol ne propose pas de victoire scientifique ou culturelle, le but est d’obtenir 6 étoiles grâce à la réalisation desdits objectifs, comme débloquer un nombre de technologies ou coloniser les planètes mères (les “capitales”) des ennemis.
Bonne nouvelle, Astro Protocol fonctionne sur une base 4X réelle. Explorez avec votre vaisseau éclaireur la galaxie à la recherche de planètes, étoiles, amas de météorites et anomalies pour en tirer profit. Construire des mines ou des centrales proche des amas de météorite ou des étoiles rapportent du métal ou de l’énergie, quand bâtir des extracteurs autour de planètes gazeuses vous permet d’obtenir du gaz, troisième et dernière ressource du jeu. Ces trois ressources servent à construire de nouvelles structures (de production ou de conversion), de nouveaux vaisseaux, à rechercher des technologies, puis à agir au delà de vos frontières. Les anomalies s’apparentent quant à elles à des évènements qui offrent des ressources ou des biens une fois investigués.



Votre expansion dans l’espace ne se fait cependant pas de manière aussi simple que l’exploration. Vos frontières sont définies par votre réseau, une espèce de toile d’énergie qui s’étend grâce à la construction de centres (Hubs) et la colonisation de nouvelles planètes. Et pour coloniser ces dernières, il faut d’abord les terraformer. Par exemple, en votre qualité de dirigeant Terrien, vous pouvez seulement coloniser des planètes continentales. Toute planète qui s’éloigne de ce biome nécessitera selon son type une à plusieurs étapes de terraformation “payantes” et autant de technologies spécifiques. Sous réserve de posséder des emplacements obtenus grâce à la construction de laboratoires, Astro Protol vous propose à chaque tour 2 technologies aléatoires pour chacune des 3 familles de recherche. Pour les débloquer rien de plus simple, dépensez les ressources nécessaires et vous en deviendrez l’heureux propriétaire à partir du tour suivant. Au-delà des technologies de terraformation, les recherches vous apporteront de nouveaux vaisseaux, des capacités (comme des armures spécifiques) et des améliorations diverses pour votre civilisation.
Après l’exploration, l’exploitation et l’expansion, l’extermination n’est pas en reste puisque Astro Protocol met l’accent sur les batailles entre factions. Vaisseaux éclaireurs ou colonisateurs, corvettes adaptées au hit’n’run, imposants colosses pour tenir ses lignes ou attaquer derrière celles de l’ennemi… l’arsenal de chaque faction se révèle très correct pour un jeu de ce format. Son déblocage, tout comme celui d’éventuelles améliorations ou de compétences, passe cependant par l’arbre technologique aléatoire et vous devrez donc composer avec ce qu’il vous offre. Astro Protocol possède de ce fait un fort caractère tactique où prime l’adaptation. Que les adeptes de diplomatie se rassurent (un peu), vous pouvez vous allier avec des factions mineures en atteignant un prérequis dépendant de chacune. Des prérequis tournant autour de la production de ressources ou de l’avancée sur une branche technologique précise, qui permettent au pacifiste de temporiser pour couper l’herbe sous le pied d’un adversaire belliqueux.


Polarisant, ce Astro Protocol
En observant la situation dans son ensemble, on peut dire que le pari est réussi. Astro Protocol retranscrit bien le ressenti et les enjeux d’un gros 4X tout en proposant des parties courtes (30 à 60 minutes de moyenne, 2 heures sur les configurations les plus importantes). La simplicité de son système lui permet en outre d’offrir une ia compétente, ou plutôt agressive, qui promet de faire suer à grosses gouttes un joueur averti. Le jeu s’accompagne en sus de réglages complets de la partie et de défis hebdomadaires qui motivent à en relancer une. Alors, avons-nous affaire à une petite pépite ? Et bien ça dépend…
Si Astro Protocol réussit à caser une expérience 4X convaincante en si peu de temps, c’est grâce à l’intégration d’un principe clivant : l’effet boule de neige (ou snowball). En effet, si un camp réussit à se développer sans trop d’accroc et à prendre un léger ascendant sur les autres, il y a de fortes chances que cet écart croît de façon exponentielle. Cet effet est exacerbé par la faible échelle de jeu, une vingtaine d’hexagones de côté seulement pour une carte moyenne avec 3 camps, qui favorise l’interaction et empêche le développement dans son coin. Les factions se marchent vite dessus et si l’une domine une autre sur le plan militaire elle peut rapidement museler cette dernière en capturant en une poignée de tours ses structures stratégiques. Il est très difficile de se relever d’une telle situation. De ce fait, Astro Protocol récompense l’optimisation outrancière, la voie militaire et le harcèlement de zones. Il ne s’agit pas d’une erreur de conception mais bien d’une vision soutenue par l’équipe de développement qui estime avoir trouvé le meilleur compromis.
Si ce dernier paragraphe ne vous file pas des boutons, ou mieux s’il vous séduit, Astro Protocol a toutes les chances de vous plaire. Il ressemble d’une certaine façon aux jeux de société “Eurogames” d’il y a quelques années, avec leur fort caractère punitif où la moindre erreur de jeu peut vous placer dans un retard quasi irréversible. Surtout en début de partie. Il faut de plus veiller à ne jamais manquer d’énergie, notamment lors d’une escapade massive en dehors des frontières, au risque de paralyser complètement votre civilisation et vos prochains tours. Si vous espériez une expérience souple et relaxante, je vous invite à passer votre chemin.


Bonne pioche pour les joueurs au temps limité
Ceci étant dit, Astro Protocol se place en chouette 4X expéditif. Les tours s’enchaînent sans temps mort et le titre jouit d’une profondeur stratégique correcte et propice à une bonne rejouabilité. Il s’en sort mieux, selon moi, que Ozymandias dont le côté puzzle “mathématique” ressortait trop (les cartes fixes n’aidait pas non plus) ou que Battle of Polytopia, sympathique mais plus rudimentaire. Maintenant, si je n’ai pas grand chose a lui reprocher, je me dis qu’il n’égale ni un 4X PC classique en terme de richesse, ni un bon jeu de société en terme de sensations. Et à titre personnel, je préfère jouer à l’un ou à l’autre plutôt qu’à un entre-deux. Sauf peut-être s’il sort un jour sur mobile, plateforme qui lui conviendrait à merveille.
Page steam (démo disponible) | Tarif : 11.79€




