Test | Disciples : Domination

La série Disciples revient avec un cinquième épisode. Appelé Domination, il reprend puis étoffe l’univers et le système de jeu de Disciples : Libération, précédent mais clivant opus de par les changements opérés à la formule. Pour ceux qui ne connaissent pas la série, Disciples : Domination est un jeu de rôle tactique situé entre HOMM (Heroes of Might and Magic) et King’s bounty. On y dirige un héros et son armée à travers une campagne narrative où s’enchaînent exploration de régions, combats au tour par tour et développement stratégique au quartier général.

N’ayant pas d’affinité particulière avec cette série pourtant culte, j’explore cette itération avec un œil neutre, sans comparaison avec les titres originaux.

Règne compliqué pour Reine un peu compliquée

Disciples : Domination place le joueur 15 ans après l’épilogue de Libération. Toujours dirigée par Avyanna (vous), reine perfectible et quelque peu dépassée par les évènements, le royaume de Nevendaar sombre progressivement dans le chaos. Mais alors que les factions perdent confiance en la reine et entrent en conflit les unes contre les autres, une menace extérieure de type inconnu surgit, plus dangereuse encore que les rivalités politiques et raciales. Réussirez vous à sauver le royaume et redevenir légitime aux yeux de votre peuple ?

Sans rentrer dans les détails de l’histoire, le scénario et la narration laissent à désirer. Un peu simplets et en aucun cas aussi “matures” qu’ils le prétendent, ils font le travail sans nous transporter outre mesure. À vrai dire, ils servent selon moi de prétexte à la partie tactique et il n’est pas nécessaire d’avoir joué au précédent volet pour se lancer dans celui-ci. En revanche, je regrette davantage cet univers dark fantasy un peu édulcoré et générique, qui cherche à jouer dans la cour des sombres sans réellement marquer par son identité.

M’enfin, est-ce rédhibitoire pour un stratège ? En ce qui me concerne, non. Le thème m’importe un peu. L’histoire m’importe peu. Tant que les mécanismes permettent d’assouvir ma soif de réflexion, l’homéostasie ludique fait son travail. Ça tombe bien, au-delà de la narration interactive inhérente au genre et de la montée en puissance de votre personnage principal, le statut de jeu de rôle s’arrête ici. Disciples : Domination reste avant tout un jeu de tactique narratif avec une légère composante stratégique. Ouf, le carnet d’un rôliste peut attendre !

A game of throne ?

Votre château, Yllian, fait office de quartier général. Ici vous recrutez et entraînez les troupes des 5 factions (Empire, Nains, Démons, Elfes et Morts-vivants), achetez de l’équipement au marché, forgez des runes chez le forgeron… dans des lieux spécifiques que vous pourrez améliorer au fil de l’histoire pour débloquer de nouvelles unités et fonctionnalités.

Disciples : Domination ajoute cependant un nouveau volet : le trône. Des messagers des différentes factions vous sollicitent pour des doléances et des crises qui les concernent. Il s’agit, de façon générale, d’événements narratifs avec une solution à choisir parmi une sélection. Vous dépensez des ressources pour régler l’incident et impacter vos relations avec les factions. Ces ressources se gagnent en capturant des mines et autres bâtiments de production présents dans tout le royaume, qui génèrent de façon passive et en temps réel leur butin. Au fur et à mesure que vous grimpez dans le cœur d’une faction (sur 4 niveaux, de neutre à allié), vous débloquerez des bonus permanents comme une augmentation du moral des troupes de ladite faction lors des batailles ou le recrutement d’une unité unique. Mais sauf erreur de ma part, se rapprocher d’une faction ne semble pas agir sur le cours de l’aventure.

Ce jeu d’allocation de ressources ne révolutionne rien mais reste sympathique. Il apporte de la densité à l’histoire et vous immerge un peu plus dans votre rôle de dirigeant, avec en prime un léger aspect de gestion. Le trône sert également lors des moments clés de l’histoire. Vous devrez prendre des décisions, conseillés par vos compagnons, pour influencer l’évènement à venir.

Les disciples au tour du monde

Quittons Yllian un instant car la libération se mène sur le terrain, pas en salle de réunion. Nevendaar se divise en régions distinctes, chacune équivalente à une carte de HOMM. On l’arpente en temps réel à la recherche de trésors et de quêtes, progressant de façon semi linéaire puisque certains lieux ou chemins seront barrés par un groupe d’ennemis plus forts ou par un mécanisme inaccessible pour l’instant. La capture des mines fonctionne sur le même principe, avec des structures gardées par des ennemis de niveau cohérent ou non par rapport au nôtre. Le jeu n’est toutefois pas totalement sur rails non plus grâce à la présence de quêtes secondaires et la possibilité, pour un bon joueur, d’affronter des groupes légèrement supérieurs. Enfin, ces phases de promenade en extérieur alternent avec des escapades de courte durée dans les profondeurs de micro donjons pas désagréables mais aux énigmes sans intérêt (et je suis très mauvais en énigmes…). Bref, comme pour l’histoire, la partie exploration se suit sans réellement briller.

Préparation au combat optimale…

Le plus chouette selon moi reste le volet combat. De la pure tactique au tour par tour sur un terrain hexagonal, accompagnée de mécaniques qui apportent un plus tant pour la partie réflexion que pour la variété des situations. Ça tombe bien, c’est l’essentiel du jeu ! 

En amont, vous devez gérer votre héroïne et votre -seule- armée. Avyanna se personnalise comme un personnage de jeu de rôle. Pour elle : 4 classes au choix avec 2 voies chacune, soit 8 arbres de compétences à développer selon votre style. Avyanna s’équipe en parallèle de matériel permettant d’améliorer ses caractéristiques (armes, runes, colliers…) et peut lancer des sorts déterminés par sa classe. La sélection se révèle exhaustive et variée avec près de 100 compétences et 50 sortilèges améliorables, que vous pourrez tester à votre guise car la réinitialisation des caractéristiques est possible en échange d’un peu d’or.

Quant à votre armée, toutes les unités recrutées et tous les compagnons rencontrés vous suivent mais seule une petite dizaine d’entre eux se battra. À vous de choisir qui prend les armes, de façon spontanée ou grâce aux ordres de bataille préparés à l’avance. Cette décision de voyager avec la totalité de ses troupes révèle surtout un pan important du jeu : toute mort est définitive, même celle de vos compagnons, et il faut pouvoir combler un poste vacant sans se téléporter au château. Une fois le combat entamé, vous atterrissez sur un écran de préparation qui présente la situation et les forces à affronter. Est-ce un combat de rencontre, un encerclement ? La configuration de départ varie et nécessite en général quelques ajustements de votre part. Vous pouvez à cet instant sélectionner les unités de votre choix et les positionner à votre guise sur la zone de départ pour maximiser vos chances de réussite. Dernier point, chaque affrontement s’accompagne d’un objectif bonus qui vous octroiera des récompenses appréciables en cas de réussite.

… pour un coup de glaive efficient

Disciples Domination opte pour un panel de 55 unités, soit 11 par faction, si l’on intègre les personnages uniques. Chacune possède ses compétences et ses points forts, à combiner pour créer des synergies de groupe. C’est plus facile à dire qu’à faire en raison de la difficulté à bien positionner ses troupes, mais générer un combo bien placé se veut particulièrement grisant.

Basé sur un système d’initiative, le jeu nécessite une bonne gestion du tempo, bien qu’il vous autorise à reporter le tour de vos unités, qui agiront le cas échéant en dernier. Une fonction fort utile, notamment quand votre unité fétiche se retrouve bloquée par vos autres soldats. Le jeu fonctionne aussi avec un système de 2 à 3 points d’action par unité, qui, si non utilisés, apporteront des bonus cumulables et des points de vie. Passer son tour devient une action stratégique et non un choix par dépit. Simple et malin. Autre point important, il n’y a pas de jets de dés ou autres chances de réussite. Le jeu est déterministe et limite la gestion des risques à vos actions téméraires. Disciples : Domination intègre en sus une mécanique de tirage et poussée des ennemis qui apporte un peu plus de profondeur tactique. Générez des collisions entre hostiles, attirez les vers des pièges ou dégagez simplement le passage pour battre en retraite.

Enfin, des événements déterminés lors de la préparation viennent pimenter les affrontements. Pièges magiques, chutes de pierres, vents glacials qui traversent en ligne… tout est visible et laisse un tour pour s’extirper du problème ou au contraire envoyer des ennemis dedans. Pour finir, j’apprécie par-dessus tout le système d’arrière garde. Vous pouvez choisir 3 unités postées en retrait du champ de bataille, qui apporteront en toute sécurité leur soutien à chaque fin de tour. Soin, envoi de bonus aux alliés… très chouette. Il en résulte des combats dynamiques et à la profondeur tout à fait correcte, bien qu’à titre personnel ils n’égalent pas ceux des crpgs les plus réputés pour ça (Divinity original sin 2, Solasta…). Ces affrontements satisfaisants relèvent à eux seuls les quelques points noirs énoncés plus haut. Mais…

Aussi sympathiques soient-ils, les combats testeront votre résilience face à la répétition. Ils sont nombreux et prennent du temps à se renouveler malgré les efforts faits pour varier les situations. Ce qui n’aide pas, c’est que l’on affronte tout le long d’un chapitre le même type d’ennemis. Pour peu que vous gardiez la même composition d’armée, une impression de déjà vu pointera vite le bout de son nez. Je conseille de ce fait le jeu aux stratèges aimant expérimenter et à ceux qui ne rechignent pas à refaire le même combat ad vitam, à quelques détails près, avant de changer de thème au chapitre suivant. Vous en aurez, selon votre propension à compléter les quêtes secondaires, pour 35 à 50h de jeu. Je regrette, pour clore le chapitre et le test, des manquements du jeu en terme de confort lors des phases tactiques. Entre les imprécisions occasionnelles du curseur, qui ne valide pas une attaque, les soucis de lisibilité faute de caméra libre et l’absence de bouton annuler -qui permettrait de rattraper une erreur de manipulation parfois fâcheuse- on peste à quelques reprises, priant l’arrivée d’un patch salvateur.

Pas un GOTY mais un titre tactique respectable 

Générique et perfectible sur bien des points, Disciples : Domination peinera à convaincre les rôlistes et tacticiens les plus exigeants. Il n’en demeure pas moins un jeu au système de combat sympathique et que l’on parcourt avec plaisir, que ce soit pour éclater des elfes à coup de masse ou pour connaître le sort de notre royaume. De là découle une question : considérez-vous les faiblesses évoquées anecdotiques ou rédhibitoires, pour un jeu vendu 45€ ? Cet épisode semble bien parti pour devenir aussi clivant que son prédécesseur…

Page steam | Tarif : 45€ | Développeur : Artefacts studio | Éditeur : Kalypso

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