Civilization VII vaut-il enfin le coup en 2026 ?

Après le fiasco de son lancement, les développeurs de Firaxis ont travaillé d’arrache-pied pour tenter de remettre Civilization VII sur les rails du succès. Ou sur les rails tout court. Les mises à jour infructueuses se sont enchaînées, jusqu’à l’arrivée en mai 2026 d’un patch salvateur. Appelée « l’épreuve du temps » (douce ironie), cette révision majeure a fait un bien fou au jeu, qui semble avoir bel et bien repris une trajectoire intéressante. À tel point que selon moi, Civilization VII vaut enfin le coup. Et je vais vous expliquer pourquoi.

L’effondrement de la Civilization 

Février 2025. Civilization VII sort et les fans de la série lèvent les hallebardes. Jusque là rien de surprenant, l’histoire se répète à chaque nouvelle itération. Mais il faut avouer que cette fois, Firaxis y est allé un peu fort. Et à trop frotter pour remettre à neuf une formule vieille de trente ans, les développeurs l’ont quelque peu esquinté. 

Fini le développement d’une civilisation de sa naissance jusqu’à notre époque ! Place à un système d’âges indépendants dotés de leurs propres règles, qui enclenchent à chaque transition une réinitialisation partielle de la partie et le changement de votre nation. Sur le papier, l’idée se défend. Elle illustre à la fois le concept qu’une civilisation se fonde en plusieurs couches et elle freine l’effet boule de neige récurrent dans les 4X. Mais souris en main, le résultat n’est que frustration et progression rigide unidimensionnelle, le tout exacerbé par une interface peu intuitive, chiche en infobulles et en informations. Cerise empoisonnée sur le gâteau, le jeu nous régale avec un manque flagrant d’explications sur le nouveau fonctionnement de ses sous-systèmes. Civilization a perdu à la fois son ADN et son accessibilité. Civilization est mort… Temporairement du moins. Car à force d’insistance, Civilization renaît enfin de ses cendres. Enfin, à la condition d’embrasser le changement, ou du moins de ne pas être réfractaire à ce dernier.

Une nouvelle ère 

Mai 2026. Après une ribambelle de patches mineurs colmatant le navire qui chavire, sort une mise à jour conséquente appelée l’épreuve du temps (Test of Time). Son but, cette fois, n’est pas le colmatage mais la refonte. Un redressage marquant du bateau pour le préparer aux mises à jour qui continuent depuis.

Premier changement, vous pouvez conserver votre civilisation du début à la fin. Les sensations jusque là désirées reviennent enfin ! Un arbre de doctrines succinct mais puissant vient rééquilibrer l’expérience en conséquence. J’enchaîne les parties ainsi et c’est un régal. Finies également les Voies de l’Héritage qui enfermaient les joueurs dans un enchaînement de mini tâches dirigistes et répétitives, loin du plaisir organique d’une bonne partie. Elles ont été remplacées par les triomphes, une grande liste de tâches optionnelles, plus flexible et plus libre, qu’il faudra cependant chercher à compléter autant que possible pour bénéficier des nombreux bonus qu’elles octroient. 

Enfin, les conditions de victoire ont aussi été revues. Les quêtes obligatoires disparaissent au profit d’une métrique reflétant davantage la progression des joueurs. Pour une victoire culturelle il ne faut plus collecter 15 reliques, mais obtenir x points de tourisme. X étant une valeur évolutive dépendant du score du second joueur et de la progression de la partie. Et pour augmenter votre score de tourisme, différentes options s’offrent à vous. D’ailleurs, si avant il fallait tout donner lors de l’âge moderne pour ramener la coupe à la maison, l’accumulation de score se travaille maintenant dès le début de la partie, avec une victoire possible dès le second âge si l’écart de niveau entre les joueurs est important. On évite de la sorte une fin de partie interminable, à attendre que le meilleur joueur finisse de rouler sur le monde.

Je passe sur les détails de ce patch et des suivants puisque les éléments présentés apportent le gros du changement. Pour le reste, Firaxis a rééquilibré les options de gouvernements et les célébrations. Il ont ajouté le hotseat et de nouvelles cartes. Et ils ont surtout étoffé le volet de négociation, encore trop sommaire mais qui permet enfin d’offrir de l’or et de l’influence pour faire plier la volonté de notre interlocuteur.

Civilization VII, de bonnes idées et de bonnes guerres

Dans sa quête de révision en profondeur, Civilization 7 a su proposer de bonnes choses. Vos cités se présentent sous deux formes, les villes et les villages. Les villes fonctionnent de façon classique, exception faite de leur taille dorénavant limitée. Elles génèrent de la production et constituent le noyau dur de votre empire. Les villages se gèrent de façon plus passive. Ils grossissent plus vite et leur production se convertit automatiquement en or. Vous pouvez y bâtir des structures pour les développer, ou recruter des unités, via la fonction d’achat immédiat moyennant de l’or. Puis une fois à maturité, ils peuvent être spécialisés pour vous aider à atteindre vos objectifs. Ce système un peu déroutant réduit de façon drastique la microgestion et fluidifie les parties. C’est extrêmement appréciable pour les joueurs expansionnistes lassés de tout passer en revue.

S’il y a quelque chose qui met (à peu près) tout le monde d’accord, c’est le pan militaire du jeu. Civilization 7 délaisse la mécanique de pierre papier ciseaux au profit d’un simple rapport de force, de portée et de déplacement. Si certaines unités possèdent des bonus, la maîtrise de la guerre passe par l’utilisation et la maîtrise des commandants. Ces nouvelles unités terrestres, maritimes ou aériennes n’attaquent pas mais boostent les capacités des unités alentours. Les commandants gagnent de l’expérience (les unités non) puis des points de compétence à dépenser dans différentes voies de développement. Transport groupé de troupes, ignorance des malus de terrain, gain de puissance au combat… ces possibilités pimentent les affrontements jusqu’à là plutôt médiocres dans la série. En parallèle, les opérations interarmées gagnent en importance et accroissent la profondeur stratégique, notamment grâce à l’amélioration de la sphère navale, jusque-là dispensable et qui devient ici une priorité. Une priorité amusante à jouer de surcroît, puisque les fleuves attirent les villes mais sont devenus navigables.

Enfin, l’aspect défensif est également renforcé. Les fortifications éphémères vous sauveront à maintes reprises et il devient utile de placer des remparts partout dans votre ville car l’envahisseur sera tenu de tous les détruire pour la capturer. Avec de tels changements, attendez-vous à une part plus importante de conflits dans les histoires que vous écrirez.

Pour finir, Civilization 7 améliore son volet diplomatique. Le jeu renforce les interactions avec les autres nations au point de rendre les échanges avec les bots engageants. L’influence devient une ressource au même titre que l’or, que vous pouvez dépenser de multiples façons pour agir sur le monde. Amélioration des relations avec les états indépendants (les ex cités états), échanges culturels ou scientifiques, entraves au développement… il devient aussi possible d’organiser des actions conjointes de tout type, par exemple pour améliorer le bonheur, la croissance ou la puissance des deux nations participantes. Si l’invité accepte sans dépenser de ressources, les deux parties bénéficieront d’effets moindres, avec un net avantage pour l’initiateur. Mais s’il paye pour soutenir l’action, les deux partis bénéficient d’un bonus identique plus puissant. Là où l’influence devient encore plus intéressante, c’est qu’elle permet d’influencer les guerres. Un joueur pacifique peut ainsi mettre à mal l’économie de son agresseur et générer chez lui une forte usure de guerre qui le forcera à capituler. Avec cette nouvelle ressource, le jeu devient plus riche et plus vivant. 

De façon générale, Civilisation VII est très agréable à jouer. Fluide et prenant, il nous offre cette formule addictive et caractéristique de la série. Celle teintée d’histoire, et qui nous propose plus que jamais de vivre la notre en enchaînant jusqu’à pas d’heure les fameux “derniers tours”. C’est même accentué ici puisqu’on peut terminer un âge dans la soirée. Alors à 10 ou 15 tours de fin d’âge, autant continuer à jouer hein…

Des griefs du passé qui hantent encore le présent. Mais peut être pas l’avenir ?

Si je m’éclate littéralement sur le jeu ces dernières semaines, je dois reconnaître qu’il reste des points perfectibles que j’espère voir améliorés avec les futures mises à jour.

À commencer par cette structure en trois actes (en trois âges), particulièrement clivante et dont je ne sais pas trop quoi penser. D’un côté, les réinitialisations lors des transitions freinent un éventuel effet boule de neige et maintiennent les candidats dans la course. Le dernier âge devient plus combatif et j’ai même gagné une partie au tout dernier tour alors que je la pensais perdue ! Mais cette structure génère aussi de l’artificialité. Elle apporte une couche supplémentaire de “gamification” à un jeu déjà très codifié. Il est probable par exemple que vous refusiez de construire tel bâtiment ou de recruter telle unité puisque l’âge en cours arrive à son terme. Votre unité serait supprimée dans quelques tours, votre bâtiment deviendrait obsolète, à quoi bon ? Au début de l’âge 2, il est probable que vous changiez de capitale pour gagner une ville, puis que vous inversiez de nouveau à l’âge 3. Qu’à la fin de l’âge 1, vous prépariez les villes et les bateaux à déployer dès le début de l’âge de l’exploration, tel un build order planifié en amont. Loin d’être rédhibitoires, ces transitions d’âge et ces règles éphémères cassent le rythme et le développement organique au profit d’une optimisation froide et dénuée de sens. Bien que je fais avec, j’accepterai volontiers une alternative ou une révision.

Mais le plus gros souci de Civilization VII selon moi, c’est son manque de clarté. Les captures parlent d’elles-mêmes, le jeu est sublime mais visuellement chargé. L’interface originale s’est quant à elle améliorée (des infobulles !) mais elle reste perfectible et mérite un petit coup de modding. Pour finir, l’encyclopédie intégrée gagnerait à plus entrer dans les détails. Le 4X s’inspire malgré lui de Dark Souls, sauf que le côté cryptique qui fait les qualités de l’un ne se transpose pas aussi bien sur l’autre. La frustration de ne pas comprendre est réelle et il faut prévoir du temps sur le web pour appréhender les différents concepts du jeu. D’autant plus que Civilization VII est plus complexe que profond. Bien que sa profondeur reste tout à fait correcte, il faudra d’abord vous perdre dans les méandres de nombreux sous-systèmes pour, au final, jongler avec une ribambelle de micro bonus au lieu d’éléments et de choix plus impactants. Mais moi, ça me va bien.

Verdict : Civilization VII, un chantier sur la bonne voie pour une possible merveille en devenir

Un an et demi après sa sortie, Civilization VII retrouve ses lettres de noblesse. S’il demeure encore perfectible et quelque peu trintolant, pris entre sa philosophie progressiste et son retour aux fondamentaux, il évolue dans la bonne direction et possède un socle solide pour devenir un Civilization aussi marquant que les autres. Il ne faut cependant pas se faire d’illusions, à ce stade il reste moins complet et cohérent que les précédents épisodes qui ont eu le temps de mûrir et de s’étoffer en DLC. Je vous invite tout de même à laisser à Civilization VII une nouvelle chance. Si je l’ai pris lors d’une promotion, la main tremblant d’hésitation, je suis pour ma part tombé sur le charme de cette version qui me comble bien plus que Civilization 6 à sa sortie. Je suis tombé accroc à sa formule qui m’obsède et j’attends de pied ferme les annonces de Firaxis. De voir ce que l’équipe nous réserve après ce sauvetage in extremis de cette série phare qui avait l’interdiction d’échouer.

Le Positif

  • Une formule addictive et indémodable qui fait toujours effet.
  • La possibilité de conserver sa civilisation toute la partie.
  • Un volet militaire enrichi.

Le moins bien

  • Le jeu manque de pédagogie.
  • Une interface et des graphismes plus beaux que fonctionnels
  • Le système en trois âges reste clivant.

Page steam | Tarif : 69.99€ (souvent en promotion) | Un jeu mentionné parmi les titres à venir en 2025, dont beaucoup se font encore attendre !

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