Test | Modern Naval Warfare

Si DCS entend conserver la supériorité aérienne dans le monde des simulations militaires, un petit nouveau cherche pour sa part à se faire une place dans cet océan de niche. Pour sa sortie, Modern Naval Warfare vous propose de ce fait un voyage 300 pieds sous les mers, aux commandes d’un premier sous-marin nucléaire américain, le SSN-774 Virginia Class.

*Jeu en accès anticipé pour une durée estimée de 12 mois. Certains éléments de ce test, réalisé en juin 2026, sont donc voués à devenir obsolètes en l’absence de mise à jour de l’article.*

Un SSN sacrément class

C’est donc un voyage aussi dépaysant que formateur qui vous attend. En votre qualité de capitaine, vous déambulez librement dans les couloirs interactifs de votre vaisseau, un Virginia Class, lui-même parcourant les profondeurs et le vide caractéristique du monde marin entourant les Philippines (plus d’1 million de km² de mers et de terres représentées, soit 2 fois la France). Votre rôle, manipuler la dizaine de stations nécessaires à la réussite de votre mission, en déléguant éventuellement certaines tâches à votre équipage. Cette errance à la première personne est optionnelle puisque vous pouvez passer instantanément d’un module à l’autre avec des raccourcis clavier, mais la modélisation intérieure est tellement chouette que ce serait passer à côté d’un gros morceau d’immersion. Le comble, me direz-vous.

De façon générale, le jeu se révèle réussi sur le plan visuel, à commencer par son rendu photoréaliste honnête, capable de représenter le moindre mouvement de l’eau et de la lumière. Couplé au système de météo dynamique qui simule jusqu’au mouvement des étoiles, il nous sert des scènes superbes, bien que parfois un peu lourdes en effets spéciaux, qui donneraient presque envie de rester en surface pour les admirer. Mais aussi beau soit-il, Modern Naval Warfare vise avant tout à flatter votre esprit grâce à la richesse de sa simulation, qu’elle soit physique ou acoustique. Ce sont, après tout, deux paramètres primordiaux pour le fonctionnement, la survie et l’efficacité de votre sous-marin. Je dirais même plus deux paramètres cruciaux pour les armées qui ont investi dans cet outil, disponible en version pro à l’instar de Command Modern Operations, Combat Mission ou ArmA (VBS). Modern Naval Warfare affirme son statut de simulation pure, prête à vous secouer comme un bon gros mal de mer.

Modern Naval Warfare ou le Dark Souls de Slitherine

Autant vous dire que, pour un novice comme moi dans le milieu, les débuts ont été folkloriques. Si déplacer le bestiau et utiliser le périscope se réalisent sans trop d’accrocs, passer à l’étape supérieure et gérer le reste est d’un tout autre calibre. Car faute d’y voir grand-chose, vous devrez votre salut aux différents signaux, de type radar, sonar, ou autres…observables grâce à des appareils sophistiqués. Je m’excuse d’avance auprès des connaisseurs pour mon ignorance, le but ici sera donc de chercher puis d’analyser les ondes qui se propagent pour détecter une éventuelle cible ou menace (les baleines et les civils n’en font normalement pas partie, sauf peut-être au début pour faire vos armes), puis la pourchasser en silence tout en calculant sa trajectoire exacte avant de lui asséner une frappe mortelle. C’est grisant au possible, d’autant plus que la simulation se veut ici poussée, mais il faut avant tout apprivoiser les bêtes informatiques et interactives au bouton près, à l’apparence imbuvable et où rien n’est automatisé. Ce monde de niche recèle de plus de jargons avancés et de procédures à découvrir, qu’un manuel encore un peu chiche vous présente de façon trop succincte. Il vous apprend par exemple à tirer une torpille pas à pas, mais pour affiner votre “solution”, terme indiquant peu ou prou la programmation de votre torpille, il va falloir vous débrouiller. Dans les locaux de Slitherine, les salariés s’amusent à considérer ce jeu comme le Dark Souls de leur collection, tant il peut se montrer impitoyable. Ça se discute. Aussi intimidantes soient-elles, les eaux de ce jeu me paraissent bien moins troubles qu’un Gary Grisby ou qu’un Command Modern Operations.

Quand la torpille passe…

Car au final, passé 5 heures de jeu vous vous sentirez à l’aise. 5 heures pour une simulation, c’est une goutte d’eau. S’il faudra compter plus de temps que ça pour maîtriser chaque module dans son intégralité, vous vous surprendrez par la fluidité avec laquelle vous commandez votre Virginia. Vous vous verrez courir vers le pilote pour lui ordonner un cap à 270° à vitesse 2/3. Puis une fois à destination, à cesser tout mouvement pour vous faire discret. Vous étendez la fat line précédemment rétractée pour ne pas la casser lors du trajet, puis les antennes pour écouter les bruits environnants. Une onde étrange diffère du reste. Après écoute approfondie et vérification via l’outil ECM, il s’agit bien d’un bateau cargo chinois. Vous passez au poste de tir, non sans avoir omis de marquer votre cible. Puis d’ici, vous préparez, étape par étape, la torpille qui lui sera destinée. Une dernière vérification de la trajectoire du bestiau puis, dans le doute, vous planifiez l’itinéraire d’un harpoon. Vous ouvrez les portes, armez la torpille… FEU ! La torpille s’approche de sa cible, effectue une correction de trajectoire, puis… double sa cible par la droite. Échec. Ah ben tiens, le harpoon tiré avec précipitation passe quant à lui au dessus de sa cible, prêt à rejoindre de nouveaux horizons -très- lointains. La victoire se fera attendre. Modern Naval Warfare se manipule avec facilité, mais le succès de votre mission réside dans les détails.

…elle récompense le joueur patient

Pour réussir votre coup, il faut écouter, analyser, puis calculer. Vous déplacer, puis analyser une nouvelle fois. Votre cible doit être marquée au fer rouge, et sa trajectoire connue. Ainsi, vous saurez dire à votre torpille où et quand s’activer. Pour s’entraîner, un joueur a conçu un outil de tracking en ligne gratuit que je vous invite à tester. Malgré la modernité de l’armement, il faut faire preuve de finesse et de précision. De beaucoup de patience également. Car une simulation de sous-marin joue la montre et s’étire sur des heures et des heures. Tout, ici, prend un temps de dingue. La réception des données et les différentes étapes d’armement, l’analyse d’une trajectoire sur la durée, comme les déplacements des navires et des torpilles qui parcourent des kilomètres et des kilomètres. De ce fait, outre la patience nécessaire pour s’adapter à un tel rythme, la compression temporelle est une composante vitale du jeu. Et malheureusement, elle n’est à ce jour pas à la hauteur.

Modern Naval Warfare : Un accès anticipé pour ne pas couler

C’est en effet là où le bât blesse. Malgré une base intéressante et prometteuse, Modern Naval Warfare n’est pas encore prêt pour le grand public. La raison : des performances incohérentes avec les besoins d’un tel titre. En vitesse normale, pas de problème. Excepté quelques ralentissements sans incidence, vous pouvez manipuler les différents modules, peaufiner votre maîtrise du véhicule et jouer une petite mission sans difficultés. Seulement, dès que vous vous lancez sur une expérience à plus grand échelle, qui requiert de longs trajets, l’outil de compression devient primordial. Mais passé le x2 ou le x4, les performances chutent de façon drastique et le jeu vous replace en x1 pour le bon fonctionnement de la simulation. Il va donc non seulement falloir armer vos torpilles, mais aussi vous armer de patience pour voir le bout de l’opération.

Autre problématique, l’IA ennemie reste à ce jour passive, ou du moins seulement défensive. On se retrouve donc avec un outil parfait pour apprendre, mais qui peine à offrir des engagements sérieux pour l’instant. Le débutant verra peut-être cela d’un bon œil le temps de quelques dizaines d’heures, puis il devra attendre les prochains patches pour comprendre à quel point il ne maitrise pas du tout le sous-marin. Pour finir, l’interface des menus est bugguée, avec des textes manquants capables de rendre la navigation pénible avant de lancer une mission.

De ce fait, le jeu sort en accès anticipé. Les développeurs, débordant d’ambition, estiment qu’il s’agit de pépins dus au passage au format grand public et sont confiants pour la suite. Maintenant, à 62€ le billet d’entrée, les joueurs sont en droit de se poser des questions. Le jeu est bon mais selon moi encore un peu jeune. En ce qui concerne l’accès anticipé, il comprend à ce jour la simulation complète du sous-marin et de l’environnement, une courte campagne de prise en main, des missions individuelles et un générateur d’escarmouche encore bridé. Les 12 mois serviront à optimiser les performances, ajouter une IA offensive, une campagne dynamique ainsi qu’un mode multijoueur. Mais surtout, le but est d’impliquer la communauté, notamment les débutants, dont l’œil neuf peut aider à calibrer les futurs tutoriels et à démocratiser le jeu sans altérer sa profondeur. Par la suite, d’autres sous-marins verront l’océan. Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs, les développeurs ont déjà du pain sur la planche pour faire de Modern Naval Warfare une simulation de référence et non un simple jeu à potentiel.

Page steam | Tarif : 61.99€ | Développeur : Wave Ops | Éditeur : Matrix/Slitherine

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