Test | Ariokan : Deckbuilding et cartes IA à collectionner

Et si le concept de metagame devenait obsolète ? Et s’il était possible de créer un jeu multijoueurs à l’équilibre parfait ? Voilà l’objectif ambitieux que s’est fixé le deckbuilder Ariokan, qui profite de son passage en 1.0 pour débarquer sur Steam après une longue période de bêta sur l’Epic Game Store.

Duel de cartes entre divinités

Ariokan est un jeu compétitif de deckbuilding et de cartes à collectionner dans la lignée de Magic, Hearthstone ou Gwent. Dans ce jeu de duel, il faut réduire les points de vie du Dieu adverse à 0 en plaçant à tour de rôle zéro, une ou plusieurs cartes de votre main sur le plateau. Le Dieu est la carte maîtresse de votre deck de 40 cartes. Toujours active, elle possède 20 points de vie et des effets passifs à optimiser, généralement en lien avec la faction dont elle fait partie. Les autres cartes restent traditionnelles sur le principe, avec des points de vie et de puissance, des effets immédiats ou avec déclencheurs, ainsi qu’un coût en mana, que l’on récolte de façon équitable à chaque début de manche. Divisées en plusieurs phases, les manches sont en revanche plus originales et asymétriques, avec un joueur attaquant et l’autre défenseur, de l’aube jusqu’au crépuscule. Puis à la manche suivante on inverse les rôles.

Cette particularité est intéressante. Elle ajoute une double gestion du temps à l’affrontement. Les phases agissent en déclencheurs (par exemple, certaines cartes s’activent chaque tour à l’aube), quand l’inversion des rôles fait fluctuer le rythme. Le joueur attaquant cherchera à lancer des duels entre ses cartes et celles du défenseur (qu’il choisit) pour amenuiser sa ligne défensive et, peut-être, avoir le champ libre pour blesser son dieu. Le défenseur cherchera pour sa part à conserver une ligne fonctionnelle et robuste, tout en se préparant pour le tour d’après. Mais loin d’être passif, s’il ne peut pas lancer des duels entre les cartes durant le tour, rien ne l’empêche de générer des dégâts à travers les effets des cartes jouées ! Le bon joueur de Ariokan devra donc à la fois gérer ses réserves de mana, le tempo de la partie, sa ligne de cartes en jeu, son dieu et bien sûr son deck pensé pour créer les combinaisons les plus dévastatrices possibles.

Collectionnez et créez des cartes pour casser la meta

La base du jeu réside donc dans la construction de un ou plusieurs decks. Ariokan intègre 8 factions au nom peu évocateur mais au style (par défaut) bien distinct, que vous pouvez mélanger à votre guise pour construire votre jeu. J’aime par exemple beaucoup les Mantes, faction de la mer qui regroupe aussi bien Poséidon que les pirates, et se spécialise dans sa capacité à contourner la ligne défensive pour directement cibler le Dieu adverse. Sans rentrer dans les détails, les Nocturnia éliminent leurs propres unités pour envoyer de gros effets, quand d’autres factions jouent sur le contrôle du plateau, le soin et l’armure, ou encore l’invocation massive de petites créatures parfaites pour assurer une ligne de défense interrompue. Mais tout cela c’est par défaut puisque rien n’est figé. Ariokan laisse une liberté totale, la seule contrainte étant d’avoir un dieu et maximum 3 cartes légendaires dans le deck. Une liberté totale offrant même la possibilité de créer vos propres cartes.

Et il s’agit là du cœur du jeu. Du concept censé détruire l’idée même de metagame. Les joueurs peuvent créer leurs cartes en choisissant les caractéristiques (faction, puissance, vie…), le ou les effets (parmi soixante), les déclencheurs (parmi 13), les traits (discret, vol de vie… parmi 20) et l’algorithme du jeu détermine son coût en mana. Une stratégie rencontrée vous horripile ? Créez donc sa parade ! Une fois conçue, votre carte rejoint la collection commune et devient donc accessible à tout le monde. Ici pas de carte ultime cachée, Ariokan joue la carte de la transparence. De ce fait, plus de 12000 cartes uniques ont déjà rejoint le catalogue (le jeu bloque la création de doublons). Sans atteindre , pour l’instant, la montagne de cartes du célèbre Magic, ce nombre dépasse allègrement le total de Hearthstone et Gwent réunis et offre de belles perspectives stratégiques.

Ariokan : Un concept original entouré de choix douteux…

Cette liberté créatrice se fait au détriment d’une certaine cohérence esthétique. Faute de posséder le talent de professionnels, les joueurs optent la plupart du temps pour des images fixes ou animées générées par IA afin d’illustrer leurs cartes. Outre le caractère débatable de cette pratique, on se retrouve avec un peu tout et n’importe quoi, et tous styles mélangés faute de consensus. Pour rester sur le deck pirates, on peut avoir dans sa main une pieuvre pirate géante animée 100% IA à côté d’une femme pirate au style manga suggestif, affrontant des grenouilles moines, des robots tueurs, des chevaliers et autres agents secrets… Il n’y a absolument aucune cohérence et l’ensemble est générique au possible. Si vous cherchiez une ambiance, je vous invite clairement à passer votre tour.

Outre ce choix assumé des développeurs, le jeu en lui-même pèche selon moi sur deux points. L’interface, plutôt sommaire, gagnerait à être plus travaillée sur le plan du visuel et sur l’ergonomie. Elle paraît grossière, manque de clarté et mériterait un journal d’événements pour comprendre ce qu’il se passe. Entre le temps qui tourne et la quantité faramineuse de cartes existantes, il est difficile de s’y retrouver, surtout au début quand on essaye de lire les effets des cartes alors qu’ils s’accumulent puis s’enchaînent. L’autre souci, c’est que le jeu adopte, pour le mode multijoueurs, une structure proche du free to play alors qu’il coûte 29€. Ce système de monnaie virtuelle, de boosters et de season pass payant a pour but, selon moi, de limiter l’achat ou la création en masse de cartes, pour que les joueurs les débloquent et les créent progressivement au fil de leur évolution. Mais sur la forme, c’est maladroit. C’est cependant peu limitant puisque Ariokan se révèle généreux en boosters offerts et permet d’acheter (avec la monnaie du jeu elle aussi offerte en quantité généreuse) les cartes qui nous intéressent à l’unité.

…Et d’autres bien mieux calibrés

Pour les joueurs solo, une option “hors ligne” permet de désactiver tout ce système pour vous laisser débloquer et créer selon votre bon vouloir. D’ailleurs le jeu se prête bien au jeu en solo. Il intègre un mode campagne roguelike succinct mais qui a le mérite d’être là, et du combat face à une IA perfectible mais qui fait le travail. Le plus important, c’est quand même que Ariokan possède une belle richesse stratégique. Complexe mais pas trop, il offre une grande quantité de façons de jouer et demeure exigeant pour être maîtrisé, que ce soit au niveau du jeu de cartes comme du tempo de chaque manche. Les retournements de situation sont légions et je me suis déjà fait éliminer comme un bleu alors que je m’apprêtais, mon dieu toujours à 20 pv, à porter le coup d’épée final. Mon adversaire générait pour moi des unités faibles dans le but de saturer ma ligne et m’empêcher de poser mes propres troupes (mais pas de jouer des cartes pouvoirs). Pendant ce temps il faisait évoluer ses personnages déployés jusqu’à les rendre surpuissants et, une fois débarrassé de ma ligne fébrile avec un pouvoir d’attaque de masse, il s’est défoulé sur ma divinité…

En ce qui concerne le pari de Ariokan de vouloir rendre la meta caduque, ou du moins facilement cassable, je n’ai pas la prétention de dire s’il est réussi. Ce serait bien trop prétentieux de ma part. Seul le temps et les milliers de parties par des joueurs du monde entier en attesteront. J’ai toutefois bon espoir que c’est le cas. Le jeu a subi de longs mois de beta test pour que son algorithme fonctionne et, à première vue, je ne vois pas comment on pourrait passer outre. Bref, nous voici donc en présence d’un bon jeu, qui endosse malheureusement un enrobage relativement repoussant. Et pour ne pas aider, il ne possède pas de traduction française à ce jour. Anglophobes, il faudra passer votre tour.

Verdict : Un duel serré entre beauté intérieure et extérieure

Il est difficile pour moi de donner un avis tranché sur Ariokan tant il se montre clivant. Si le fond importe plus que la forme, vous y verrez un jeu de stratégie robuste et riche. Sinon, le caractère générique et incohérent des illustrations IA (moralité mise de côté), ainsi que l’interface rudimentaire risquent de gâcher votre plaisir.

Le Positif

  • Un système attaquant/défenseur asymétrique qui renouvelle le duel de cartes.
  • La création de cartes façon “cassez la meta vous-même” tient à première vue sa promesse (mais seul le temps nous le dira).
  • Le mode solo hors ligne permet de profiter du jeu sans subir le système de progression “free to play”.

Le moins bien

  • Un système de monnaie virtuelle maladroit pour un jeu vendu 29€ (même s’il se révèle peu impactant).
  • Des illustrations générées par IA sans aucune cohérence esthétique d’une carte à l’autre.
  • Une interface brute qui manque de clarté, surtout dans le feu de l’action.

Page steam | Tarif : 28.99€ | Si le deckbuilding vous intéresse, je propose des alternatives solo dans mon top des jeux de tactique au tour par tour.

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