Pour son premier jeu, Phantasmica Studio s’inspire de références comme Xcom, Darkest Dungeon et Starship Troopers. À première vue, sur le papier, le cahier des charges est complété. Tenebris : Terra Incognita utilise en effet à bon escient ces trois vieilles marmites pour produire une soupe tactique au goût profond, dans un univers SF cafardeux et impitoyable infesté de grosses bestioles. Cependant, sa structure de jeu clivante le réserve à une tranche de joueurs spécifique à laquelle je n’appartiens pas. Difficile donc pour moi d’apprécier les qualités et de pousser les concepts de ce jeu encore en accès anticipé jusqu’au moins de septembre.

Insecticide requis au Solaris !
Année 2456. En quête d’une planète habitable pour remplacer la terre dévastée par les guerres, l’expédition à bord du Solaris s’écrase sur une roche inconnue. Bonne nouvelle : l’objectif est réussi puisque ces terres semblent capables d’accueillir la vie ! Mauvaise nouvelle : une population est déjà sur place et elle se révèle particulièrement hostile. Elle se présente sous la forme d’insectes géants et visqueux, prêts à se ruer sur le moindre bipède… Le vaisseau, mis à rude épreuve à force d’assauts incessants, se trouve mal en point mais reste fonctionnel. Il fera office de quartier général pour la vague de renforts dont vous faites partie. Votre mission : repousser les cafards et nettoyer la planète en vue de la coloniser.
L’ambiance morbide inhérente au thème est plutôt bien retranscrite. Les cadavres jonchent les niveaux alors que des morceaux de bestioles s’éparpillent aux 4 coins de l’arène après un bon tir de fusil à pompe. Le côté SF se veut sombre et ces soldats en armure qui éradiquent des créatures déboulant par dizaine rappelle pour sa part le film phare des années 90. Il faut toutefois adhérer à la direction artistique minimaliste, et fort clivante de surcroît, bien que certains décors et personnages restent superbes. Mon plus gros grief : les animations grotesques et décousues qui rappellent l’ère des jeux flash…
Tenebris se déroule, comme Xcom et consorts, sur deux plans. Un côté stratégique, avec le développement du vaisseau et la gestion de votre armée, ainsi qu’un volet tactique original et assez simple dans son fonctionnement. Ces deux pans communiquent via une carte de la planète, sur laquelle vous débloquerez au fil de votre progression de nouveaux lieux à arpenter.


Oh mon vaisseau, oh oh oh !
Pour sa partie stratégique, Tenebris va à l’essentiel. Un onglet pour l’infirmerie, un autre pour le recrutement, puis un troisième pour acheter de l’équipement et /ou équiper vos soldats. Le quatrième mérite plus d’explications. Il s’agit du centre d’opérations, à partir duquel vous envoyez des soldats en opérations passives pour leur faire gagner de l’expérience et du matériel. Ce concept présent dans de nombreux jeux tactiques est ici extrêmement important. En sus du besoin de remplacer les pertes, vos soldats possèdent une jauge de fatigue qui croît à chaque sortie et redescend moins vite qu’elle ne progresse. Il faut donc recruter des troupes et les maintenir au niveau afin de procéder à une rotation efficiente de vos unités. Enfin, le premier onglet du menu vaisseau présente sous la forme d’icônes les nombreuses améliorations disponibles. Plus de place à l’infirmerie, du meilleur équipement au magasin, de meilleures opérations… comptez un petit moment pour tout débloquer avec les revenus durement acquis en combat. Heureusement, l’ordre est totalement libre et permet de privilégier certains axes.



Tactique à défilement horizontal
Le coeur de Tenebris : Terra Incognita, c’est son volet tactique. Il se présente ici sous un format original puisqu’il se déroule en défilement horizontal -à sens unique- avec un exploration ponctuée de combats soudains. L’exploration se fait sur des niveaux linéaires, à l’exception d’une poignée de bifurcations, et se joue à la façon d’un point’n’click. Des éléments interactifs (trésors, portes…) clignotent de façon discrètes et vous offrent, après un clic dessus, de l’équipement ou des ressources. Premier constat amer, je n’adhère pas du tout à l’idée. Maintenir la flèche droite enfoncée jusqu’au prochain affrontement en cliquant sur des tiroirs ou des stalactites pour gagner 10 sous, ce n’est pas ma tasse de thé et ça n’a, selon moi, pas grand chose à faire dans un jeu de stratégie. Disons que ça occupe, pour divertir lors de ces très nombreuses phases de marche. Mais ces phases étaient-elles nécessaires ?
La partie combat se débrouille nettement mieux. Tenebris est très bien noté par les joueurs sur steam, et c’est en grande partie pour la qualité de ses affrontements. Rien de révolutionnaire à l’horizon, le système de jeu est simplement robuste et contient le nécessaire pour proposer des combats dynamiques et profonds. L’initiative des ennemis régit l’ordre du tour. Vous pouvez cibler la vie ou l’armure de chacun de vos ennemis selon les besoins de votre stratégie. Le jeu intègre également le principe de malus des deckbuilders (ici en grande nombre), cette fois révisé pour s’incrémenter jusqu’à 9 avant de se transformer en un effet différent et plus puissant. Malgré l’utilisation de la 2D, le positionnement des troupes se révèle important. Par exemple, les unités en arrière ne peuvent pas utiliser ou subir des attaques au corps à corps. Dernière mécanique, tout soldat tuant un ennemi obtient en récompense un bonus Trigger Shot valable jusqu’à la fin du tour. Un soldat suivant peut ainsi déclencher une attaque groupée dévastatrice avec toutes les unités en possession de ce bonus à usage unique, mais répétable chaque tour. Bien planifié, c’est redoutable et, ma foi, plutôt grisant à admirer.
Ils sont donc vraiment chouettes les combats. Les ennemis frappent fort et coopèrent bien, nous forçant à utiliser à bon escient nos capacités (nombreuses !) et les différentes mécaniques énoncées plus haut. Et comble de bonheur, les sensations sont bonnes. Imaginez Doom au format tactique au tour par tour, et ce grâce à la qualité des effets sonores. Que ça fait du bien d’entendre un fusil qui détonne et non l’habituel pistolet à bille que l’on retrouve dans la plupart des jeux tactiques ! De voir du sang gicler, des morceaux d’insecte voler ! En parallèle, une musique techno entraînante mais un peu entêtante accompagne et dynamise chacun des combats. On aime ou pas, mais ça a le mérite de fonctionner. Malheureusement, à l’instar de la musique, le jeu pèche par une répétitivité sans précédent qui, pour moi, gâche bien trop le plaisir et me force à arrêter prématurément d’y jouer.


Tenebris : Terra Repetita
C’est terrible mais j’ai vite lâché le jeu à cause de ça. La boucle de jeu consiste à enchaîner jusqu’à plus soif des niveaux linéaires, ressemblants et vides (aucun obstacle ou bâtiment, que de l’esthétique) et à affronter le même bestiaire, ad vitam, que l’on apprend vite à connaître. Le rythme est tel que le jeu intègre un soin automatique après chaque affrontement pour pouvoir s’attaquer au suivant. Il n’y a donc aucune tension, les combats se ressemblent tous comme deux gouttes d’eau et deviennent mécaniques. Puis 10 minutes plus tard et une quarantaine de bestioles éliminées, retour à la base pour renforcer sensiblement notre escouade et repartir de plus belle. N’espérez pas de développement scénaristique notable, il s’agit avant tout d’un jeu tactique centré sur le grind.
L’évolution de nos soldats se veut pour sa part intéressante, avec 5 classes divisées en plusieurs spécialisations (pour une vingtaine au total) et une forte quantité de talents et de compétences qui oblige à faire des concessions. Mais là aussi c’est répétitif. Si améliorer une escouade ou deux fonctionne, en gérer le double sinon le triple se transforme en corvée. Mention spéciale à la gestion de l’équipement, où vous vous trouverez littéralement enseveli de matériel et de doublons à micro-gérer pour optimiser l’équipement de vos dizaines d’unités. J’aime Tenebris mais pas sous un tel format. Imaginez un gâteau raffiné que l’on vous fait gober encore et encore jusqu’à l’indigestion, alors que vous n’avez pas eu le temps de profiter réellement d’une bouchée. Enfin, le jeu manque sur les premières heures de clarté, de “feedback” sur l’effet d’une éventuelle attaque et l’évolution des malus et du champ de bataille. Il n’intègre pas non plus, pour compenser, de journal d’évènement pour analyser le tour de l’ennemi. Rien de dramatique mais ce n’est pas l’idéal pour apprendre, d’autant plus dans un jeu qui ne propose pas de sauvegarde en dehors de l’unique emplacement qui enregistre en temps réel. Bref, c’est la déception…


Un jeu robuste qui ne m’est pas destiné
Tenebris : Terra Incognita propose donc un système tactique riche et engageant sous réserve d’accepter, ou plutôt d’apprécier, une forte répétition (du grind). Si c’est votre cas jetez un oeil à sa page steam, les avis sont excellents et il y a bien une raison à cela. Mais personnellement, ayant une forte aversion pour ce type de progression, d’autant plus dans un jeu de tactique ou de stratégie, je n’arrive pas à continuer et vous offre ce test moins fourni qu’habituellement. Tenebris, un jeu avec des qualités qui ne me correspond pas.
Page steam | Tarif : 19.99€ | Avez-vous lu mon guide des meilleurs jeux de tactique au tour par tour ?




